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Les nouvelles commodités

Jusqu’ici, et de manière majoritaire,  l’on cherchait à tout raccourcir, tout alléger, tout simplifier, en quelque sorte à tout désépaissir… Objectif : gagner du temps dans les transports, alléger (radicalement) notre assiette (ou du moins nous y incite-t-on),  se faire livrer courses en tout genre, passer fébrilement de la 3 à la 4G (voire bientôt la 5G)… Cette obsession du toujours plus simple, plus rapide, plus accessible, certains l’ont théorisée dans l’idée de l’installation progressive d’une nouvelle société, la société de la commodité.

Un objet iconique la représente en particulier et marque la rupture : l’invention du walkman ! Car « si la première révolution de la commodité promettait de vous faciliter la vie et le travail, la seconde vous promettait de vous faciliter la possibilité d’être soi. Les nouvelles technologies étaient des catalyseurs de l’individualité. Ils ont conféré une efficacité à l’expression de soi. » C’est ce que croit notamment un juriste américain, Tim Wu   que Le Monde citait il y a deux ans dans un article évoquant la tyrannie de la commodité

Puis, poursuivait-il, la commodité, « comme libération »,  « s’est enivrée de science-fiction, nous montrant que dans le futur, la vie serait encore, toujours, plus commode. » En quelque sorte, le progrès sans fin était à portée de main, à portée de clic. La commodité l’a emportée progressivement sur l’effort. Chacun y a consenti. Mais comme le souligne si bien Tim Wu « monter une montagne est bien différent de prendre la télécabine jusqu’au sommet, même si vous vous retrouvez au même endroit. »

Puis, en plein confinement, la télécabine a presque disparu ! Oui, il y a bien eu des livraisons à domicile, et même très nombreuses, oui on a usé et abusé de Netflix et consort, oui on a fait de Zoom, de Teams et des réseaux sociaux notre quotidien. Notre société de la commodité n’est pas tombée brutalement dans le vide… Mais l’inconfort est quand même entré en résistance ! Alors que la vitesse l’emportait, on a dû ralentir. Impossibilité de sortir à notre guise, obligation de faire la queue à peu près partout, difficulté à trouver les produits exactement désirés, séances de sport à heures fixes et à périmètre imposé… L’épaisseur des jours l’a emporté sur les commodités habituelles.

Alors qu’en restera-t-il au bout du bout… Retrouvons-nous un peu de goût pour l’effort ?

Dans un récent sondage Equancy&co mené en partenariat avec l’IFOP en mai 2020,  on discerne un héritage positif du confinement : 58 % des Français déclarent en effet avoir vécu pendant le confinement des « choses positives qu’ils ne faisaient pas auparavant » et qu’ils aimeraient conserver dans leur quotidien au sein des mois et années qui viennent. Le surcroît de temps pour des activités manuelles (cuisiner, jardiner, bricoler (57 % des citations)), pour s’occuper de son conjoint et de ses enfants (45 %) et de soi (42 %) constituent les principaux éléments des choses positives du confinement. Le confinement ne semble pas avoir créé chez les Français d’importantes frustrations consommatrices, ni, en conséquence, une envie frénétique de « se rattraper » dans l’après : seuls 7% des Français déclarent aujourd’hui qu’ils ont envie de plus consommer. Le sondage révèle également que près d’un tiers des Français (31%) exprime un désir fort de changement de son quotidien.

Cela signifierait-il que l’inconfortable produirait finalement quelques effets aussi surprenants qu’ils sont utiles. Une affaire à suivre !

Raphaëlle GINIES

Par Raphaëlle Giniès

Directrice générale d’Equancy&Co