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Catégorie : Culture Sport & Loisirs Un New Deal à la française ? Un New Deal à la française ?
Un New Deal à la française ?

Se préserver de comparer trop hâtivement les deux crises, celle de 29 et celle que nous traversons, est indispensable tant leurs causes semblent éloignées. Cependant,  il est intéressant de mettre en perspective comme l’ont fait Jack Lang et le sociologue Frédéric Martel, les propositions d’Emmanuel Macron, lors de son intervention du 6 mai dernier avec le Federal one, vaste programme politique de sauvegarde et de préservation de la culture, porté par Franklin Roosevelt de 1933 à 1941. 

Le New Deal : Quand Roosevelt décida de s’associer aux artistes pour redonner le moral aux américains mais aussi redonner vie à la démocratie

Dès le premier New Deal, Roosevelt, souhaite introduire un volet culturel fort, en redonnant, en premier lieu, du travail aux artistes et en leur confiant des tâches de participation à la vie publique « J’imagine que la seule chose qu’ils savent faire est de peindre : il doit certainement y avoir des lieux publics où des peintures sont souhaitées ». Il va ainsi créer un véritable service publique de la culture..

Malgré tout, les arts restent à la marge de ce premier New Deal, se présentant davantage comme un dispositif de lutte contre le chômage que comme un dispositif de politique culturelle. Ainsi, la lourdeur administrative, les relais peu efficaces entre états, les tâches demandées, souvent peu liées à l’artistique, feront de cette première tentative d’engagement pour le secteur culturel, un semi-échec.

Deuxième New Deal, l’importance de la responsabilité sociale de l’artiste

C’est à partir du second New Deal en 1935, que les artistes seront au centre du programme via notamment l’engagement et le travail d’un proche collaborateur de Roosevelt, Harry Hopkins. Pour Hopkins l’importance, c’est la responsabilité sociale de l’artiste, il doit à travers ses missions, s’accomplir dans sa pratique artistique mais aussi s’engager massivement pour l’éducation artistique et populaire, s’intéresser aux sujets de société comme le mal-logement, la pauvreté, le racisme et aller vers ceux qui se sentent oubliés, dans les campagnes, les maisons de retraite, les quartiers difficiles, les prisons…

Les chiffres aujourd’hui semblent incroyables, 7 000 écrivains seront recrutés comme fonctionnaires d’état, 16 000 musiciens, 13 000 comédiens, 5 000 concerts seront organisés à travers le pays, 830 pièces seront produites dans 31 états… Au total, 8 millions d’emplois créés et 5 grands programmes imaginés pour accompagner cette politique culturelle.

Le Federal Writers Project qui permettra à 7000 écrivains (dont des écrivains noirs) d’être recrutés par l’état pour aller recueillir à travers le pays les témoignages et ressentis des américains sur ce qu’ils traversent. D’innombrables « Guide books » et « oral histories » seront alors produits. Le Federal Arts Project, le Federal Music Project, le Federal Dance Project ; et surtout le Federal Theatre Project. Ce dernier, mis en place, notamment grâce à Eléonore Roosevelt, mettra en place une véritable politique de décentralisation théâtrale à travers la création de tournées nationales, d’agences théâtrales dans 5 grandes régions américaines, irriguer toutes par l’engagement et l’excellence des artistes associés, Henry Miller et Orson Welles pour les plus connus.

Comme le fit Franklin Roosevelt en son temps, Emmanuel Macron semble organiser son plan de “sauvetage” de la culture en deux temps : sécuriser financièrement les acteurs du secteur culturel (année blanche pour les intermittents) puis leur demander de participer à la reconstruction du pays en s’investissant notamment dans l’éducation artistique et populaire.

Mais les temps ont changé et nous ne sommes pas aux Etats-Unis, ce New Deal à la française peut-il répondre aux attentes d’un monde culturel français déjà très engagé ? Que garder de ce New Deal de 1935 ? La solution sera-t-elle la naissance d’une nouvelle politique de décentralisation culturelle?

Anaïs COQ

Par Anaïs Coq

Consultante sénior chez Equancy&Co