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Vaccins : l’exception française à l’épreuve du coronavirus

Alors que le monde entier s’attèle à la recherche d’un vaccin contre le coronavirus, les Français pourraient, à l’inverse des autres pays se détourner de ce précieux « sésame ». En effet, la France terre de recherches et d’excellences scientifiques, est également, selon une étude menée par l’institut de sondage Gallup en 2019[1], la championne mondiale du scepticisme en matière de vaccination. Dans le détail, un Français sur trois pense que les vaccins ne sont pas sûrs, et 19% d’entre eux considèrent même qu’ils sont inutiles. Ces chiffres préoccupants laissent entrevoir l’émergence d’un débat sur la nécessité ou non de vacciner la population française contre le Covid-19. L’étude publiée fin mai dans « The Lancet » concernant les projets de vaccination des Français vis-à-vis d’un vaccin contre le coronavirus confirme cette tendance : 1 Français sur 4 déclare qu’il ne souhaite pas se faire vacciner.

Depuis quelques années, la relation des Français vis-à-vis des vaccins est houleuse. Grippe H1N1, papillomavirus, vaccins contre la grippe saisonnière… nombreux sont les vaccins qui restent boudés par la population (sans compter les suspicions autour de la présence de sels d’aluminium dans les vaccins obligatoires et les maladies qu’ils entraîneraient). Au-delà de l’opinion personnelle de chacun, il est fort à parier que le sujet éminemment politique de la vaccination (comme en attestent les critiques qui avaient entouré la commande de stocks massifs de vaccins contre la grippe H1N1) pourrait polariser le débat autour de l’interventionnisme étatique dans les programmes de vaccination et plus largement dans les libertés individuelles. En effet, quel choix fera le gouvernement ? Obligera-t-il la vaccination ou, laissera-t-il le choix à l’individu au risque qu’un très faible nombre de la population française accepte de se faire vacciner ? Pour rappel, la vaccination contre la grippe H1N1 n’avait mobilisé que 8% des Français. Même si la situation épidémique actuelle laisse supposer que ce chiffre pourra être plus élevé dans le cas du Covid-19, rien n’assure qu’il passera la barre des 60%, seuil essentiel à l’immunité collective.

Pour éviter cet échec, il est probable que le gouvernement rende la vaccination contre le coronavirus obligatoire. Si cette décision semble respecter l’avis majoritaire des Français, elle serait contraire au droit européen. En effet, depuis 2002 et son célèbre arrêt Salvetti C/Italie[2], la CEDH interdit aux Etats membres à rendre la vaccination obligatoire. La Cour justifie cette interdiction en affirmant qu’en « tant que traitement médical non volontaire, la vaccination obligatoire constitue une ingérence dans le droit au respect de la vie privée, garanti par l’article 8 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme et des libertés fondamentales ». Cette interdiction de la CEDH, très largement outrepassée en France, pourrait compliquer la donne pour le gouvernement français.

Ces quelques éléments laissent entrevoir l’émergence d’un débat en France sur la vaccination contre le Covid-19. Toutes ces réflexions doivent néanmoins ne pas faire oublier, que finalement, les Français seront les « faiseurs de rois », et eux seuls feront de la future campagne de vaccination contre le Coronavirus un succès ou non.

[1] https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/06/19/les-francais-sont-les-plus-sceptiques-face-aux-vaccins-selon-une-enquete-mondiale_5478259_3224.html
[2] CEDH 9 juill. 2002, Salvetti c.Italie , req. n° 42197/98

Maxence LEPINOY

 

Par Maxence Lepinoy